Le 24 HOURS LIVE PERFORMANCE se déroule du 22 au 23 décembre 2004.
Les musiciens s'enferment dans la bulle de 22h à 22H et alternent improvisations, DJ set et live, sans aucune interruption sonore pendant toute la durée de la performance. Deux des coques sont équipées de matelas, les repas leur sont servis dans la bulle. Le public n'a pas accès à l'intérieur de l'habitacle.
Nathalie Bles et Hypo ont conçu cette performance avec deux idées directrices: contrainte physique et diminution de la visibilité, pour les musiciens comme pour le public.


Maison bulle baladeuse
Juin 2003. De passage à Marseille, les plasticiens Nathalie Bles et Serge Stephan sillonnent en voiture la côte bleue. A une trentaine de kilomètres de là, alors qu'ils traversent la petite ville de Sausset-les-Pins, ils s'arrêtent net, frappés par une vision. «C'était comme un ovni, échoué là sur un parking privé près du port», expose Serge, «domiciles mutants sans référence dans nos esprits. (...) Hublots, station orbitale, concrétion 70, résidu : en attente», écrit Nathalie. Devant eux, deux modules d'habitation en forme de citrouille, formés chacun de six coques blanches boulonnées sur une structure métallique, sauvagement raccordées par une passerelle, une sorte d'astronef dont l'esthétique pop contraste violemment avec le béton ambiant. A l'époque, ils n'ont aucune idée de la portée de leur découverte : deux «maisons-bulles» conçues dans les années 60 par l'architecte et urbaniste Jean Maneval, un projet avant-gardiste d'habitat en matériau composite tout à fait unique. Contrairement à la plupart des maisons plastiques de l'époque, la Bulle visionnaire de Maneval n'est pas restée à l'état de prototype mais a été fabriquée en série et commercialisée, notamment pour l'équipement d'un village de vacances ouvrier expérimental, à Gripp dans les Hautes-Pyrénées.
«Champ plastique». Les deux plasticiens sautent la barrière, aimantés par cette étrange maison. Le propriétaire du parking leur apprend que les modules abritent les bureaux désaffectés d'Art et construction, une agence immobilière aixoise. «C'est un peu lui le responsable de cette galère, sourit Serge, après nous avoir glissé qu'aucun usage n'était prévu pour ces bulles, il nous a gentiment donné les coordonnées du propriétaire.» Depuis, l'insidieux objet ne quitte plus les pensées des deux artistes. «Elle est entrée de force dans notre champ plastique. Ce n'est pas juste une maison Barbapapa, il s'en dégageait une énergie, une sorte de radioactivité. On avait envie d'expérimenter et de questionner cet espace, de remettre la bulle en circulation sur un mode artistique, de la réactiver via glissements géographiques, plastiques, sonores, dans d'autres contextes, avec d'autres gens.»
Les deux artistes finissent par envoyer une demande de mécénat artistique au propriétaire. En septembre, il leur cède la bulle à titre gratuit, à charge pour eux de l'en débarrasser au plus vite. Entre-temps, les plasticiens ont fini par identifier la maison-bulle. Fabriquées jusque dans les années 1970, à une trentaine d'exemplaires, la plupart sont aujourd'hui dans le giron de la galerie parisienne Jousse-Entreprise. Serge apprend qu'à l'occasion du pavillon des Antiquaires aux Tuileries, en septembre 2003, Jousse met en vente une des six coques. Il se glisse dans l'équipe de nettoyage puis de démontage de la bulle, et en profite pour faire des croquis techniques : «La bulle était présentée comme un bel objet vintage, un objet de consommation design, c'était décevant de voir le sort réservé à ces utopies, ces objets qui à l'époque avaient une dimension critique très affirmée.»
Etape. Se pose aussi de façon urgente la question de ce qu'allaient devenir leurs propres bulles. Objets massifs (36 m2 habitables, chaque coque pèse plus de 200 kg) qui représentent à la fois un potentiel et ­ très vite ­ un problème : logistique et technique d'abord. La deadline fixée au 8 janvier approche. Le jour même, alors qu'ils sont déjà en train de desceller les coques aidés par des amis, l'école d'architecture de Marseille accepte de les stocker temporairement suite à l'intervention de Fiona Meadows, de l'IFA. Le démontage et le transport se font à leurs frais et à la force de leurs bras. La veille, ils avaient réactivé la bulle pour la première fois à l'occasion d'un pique-nique musical, avec installation d'un système son et éclairage à la bougie. «On n'est pas dans une démarche patrimoniale de conservation, ni dans une optique commerciale de valorisation dans le but de la revendre. On n'est pas non plus une structure qui organise des événements dans un espace cool. Notre proposition : "You know : fun, disorder" est une remise en circulation, un curatoring sauvage et amovible, du live-act, dedans dehors.» Première étape ce week-end, au Point Ephémère où ils ont monté une bulle dans l'espace d'exposition. «Pour ce premier montage, c'est nous qui intervenons dessus et dedans.» La maison-bulle, à la fois objet et lieu, est mise en relation avec d'autres propositions plastiques qui l'entourent-l'occupent : parmi elles, Sad Mhouse Body Bathrooms, investigations design à partir de mobilier sanitaire et mise en écoute de The d., concept-album vinyle trois faces regroupant une quinzaine d'artistes, projection vidéo, ainsi qu'un live de vingt-quatre heures (le 22 à partir de 22 heures) assuré par Hypo et dDamage enfermés dans la bulle. Les deux modules partent ensuite à Berlin, dans un terrain en friche avec un programme d'occupation d'avril à juillet monté avec Anticolor, collectif berlinois d'architectes, photographes et sociologues. Expositions, live, performances, la bulle accueillera la galerie de Multiples et l'AutomatenBar, concept-bar entièrement automatisé, histoire de confronter les utopies berlinoises des années 90 à celles des années 60.

Marie Lechner in Libération






pics & videos : Nathalie Bles